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A l’échelle continentale, la biodiversité des îlots forestiers est davantage contrôlée par les facteurs locaux

par Frédéric Magné - publié le

Les parcelles boisées qui ponctuent les plaines agricoles d’Europe renferment une diversité végétale jusqu’alors peu étudiée. Dans le cadre du projet BiodivERsA « smallFOREST »1 coordonné par Guillaume Decocq de l’unité Ecologie et dynamique des systèmes anthropisés (Edysan – CNRS / UPJV), un groupe de chercheurs européens a étudié la biodiversité de centaines de fragments forestiers répartis du Sud-Ouest de la France jusqu’à l’Estonie. Les premiers résultats de cette analyse au long cours ont été publiés le 7 juillet dernier dans Global Ecology and Biogeography. Ceux-ci révèlent que la biodiversité herbacée de ces véritables écosystèmes en miniature est davantage régie par les facteurs locaux que par le climat affectant l’ensemble du continent européen, contrairement à ce qui était communément admis jusqu’ici.

Les petits fragments forestiers clairsemés dans les paysages agricoles ont été rarement étudiés jusqu’ici. Pourtant, ils peuvent servir de refuges pour de nombreuses espèces forestières et héberger une biodiversité utile, comme par exemple des prédateurs naturels de ravageurs des cultures adjacentes. © Unité EDYSAN


Dans la plupart des pays européens, la couverture forestière se présente aujourd’hui sous la forme de petites parcelles isolées les unes des autres. Malgré une taille parfois inférieure à 1 hectare, ces fragments de forêts revêtent une grande importance car ils servent de refuges à de nombreuses espèces animales et végétales. Une équipe internationale constituée de chercheurs de l’unité Edysan (CNRS/Université de Picardie Jules Verne) et de 11 universités ou instituts de recherche européens s’est intéressée à la diversité végétale de ces fragments de forêts à l’échelle de l’Europe occidentale. L’objectif de cette étude, la première publiée dans la cadre du projet « smallFOREST », était d’identifier et comprendre les principaux déterminants de la biodiversité végétale dans ces écosystèmes en miniature.

Pour cette étude inédite, les scientifiques ont inventorié les espèces de plantes vasculaires de plus de 700 parcelles boisées d’une superficie moyenne de 4 hectares, sélectionnées le long d’une ligne de 2500 km traversant l’Europe de l’Ouest, dans seize zones d’échantillonnage de 25 km2 situées dans le Sud-Ouest et le Nord de la France, la Belgique, le Nord-Ouest et le Nord-Est de l’Allemagne, le Sud et le centre de la Suède et de l’Estonie. Ils ont ainsi pu quantifier la part relative de facteurs locaux (la taille, l’âge, l’hétérogénéité environnementale ou les types de sol des fragments étudiés), régionaux (les types d’usage du sol ou la densité forestière) et globaux (le macroclimat) dans le maintien de la richesse végétale de ces fragments forestiers. « Sur chacun de ces secteurs géographiques, nous avons pris soin d’inventorier la flore de fragments forestiers situés à la fois dans des zones de cultures intensives et extensives pour pouvoir mesurer l’impact de ces pratiques agricoles sur la biodiversité qu’ils hébergent », précise Guillaume Decocq, enseignant-chercheur en sciences végétales et fongiques à l’Université de Picardie Jules Verne et co-auteur de l’étude.

Un chercheur pose des pièges à insectes en vue d’étudier la relation entre la diversité des plantes vivant en sous-bois des fragments forestiers et celle des insectes et araignées utiles. © Edwin Brosens

Sur l’ensemble des parcelles étudiées, les scientifiques ont répertorié 763 espèces de plantes dont 163 inféodées au milieu forestier. Ils ont, en outre, montré que des éléments comme l’ancienneté de l’habitat forestier, sa surface, l’hétérogénéité de l’environnement qui le compose, ou encore le type de sol, sont des déterminants bien plus importants que les facteurs climatiques pour la biodiversité végétale du sous-bois. « Dans un contexte de fragmentation des habitats et de gestion intensive des paysages, tel qu’on le rencontre aujourd’hui dans les campagnes européennes, les facteurs locaux viennent en quelque sorte « effacer » le rôle des facteurs climatiques globaux », souligne Guillaume Decocq. Les chercheurs ont également constaté que la biodiversité fonctionnelle des parcelles forestières augmentait avec l’âge, les plus anciennes étant mieux à même de délivrer des services écosystémiques aux populations humaines. L’ensemble de ces résultats témoigne de la nécessité de préserver ces écosystèmes forestiers très fragmentés tant pour le réservoir potentiel de biodiversité qu’ils constituent que pour le rôle qu’ils pourraient être amenés à jouer dans la lutte contre le changement climatique.

Note

1 Ce projet vise à mesurer la biodiversité et les services rendus par les petits fragments forestiers des paysages agricoles de différentes régions d’Europe. Plus d’informations sur le site www.u-picardie.fr/smallforest/

A lire aussi : Fragmentation des écosystèmes : ses effets seront pires que prévus (11/05/15)

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" The contribution of patch-scale conditions is greater than that of macroclimate in explaining local plant diversity in fragmented forests across Europe ", A. Valdés, J. Lenoir, E. Gallet-Moron, E. Andrieu, J. Brunet, O. Chabrerie, D. Closset-Kopp, S. A. O. Cousins, M. Deconchat, P. De Frenne, P. De Smedt, M. Diekmann, K. Hansen, M. Hermy, A. Kolb, J. Liira, J. Lindgren, T. Naaf, T. Paal, I. Prokofieva, M. Scherer-Lorenzen, M. Wulf, K. Verheyen et G. Decocq, Global Ecology and Biogeography, Juillet 2015

Contacts chercheurs

Guillaume Decocq, Ecologie et dynamique des systèmes anthropisés (EDYSAN) - CNRS / Université de Picardie Jules Verne
Tél. : 03 22 82 77 55
Email : guillaume.decocq@u-picardie.fr